Personnalités historiques
Achille Mbembe
1957– · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Historien et théoricien politique camerounais né en 1957, Achille Mbembe compte parmi les voix les plus lues de la pensée africaine contemporaine. Sa place dans cette histoire tient pourtant moins à son œuvre propre qu'à un geste d'éditeur, accompli dans les années 1980, et dont les conséquences sont difficiles à surestimer. Ruben Um Nyobè avait été un homme de textes : greffier de métier, secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun, il avait écrit sans discontinuer, des motions aux mémoires adressés aux Nations unies. Après sa mort en 1958, ces écrits sont devenus introuvables — non pas perdus au hasard, mais rendus illisibles par une double opération : l'administration coloniale les avait combattus, et l'État indépendant n'avait aucun intérêt à les rouvrir tant que leur auteur restait officiellement un rebelle. C'est Achille Mbembe qui les rassemble, les présente et les commente sous le titre Le problème national kamerunais. Il ne s'agit pas d'un hommage : il s'agit de remettre en circulation la pensée politique d'un homme dont on ne connaissait plus que la mort, si bien qu'un pays a pu relire ce que son premier nationaliste avait effectivement écrit, plutôt que ce qu'on en disait. Cette série s'appuie sur cette édition. Il y a là une leçon de méthode qui dépasse le cas camerounais et qui vaut bien au-delà du cas camerounais : une pensée ne survit pas parce qu'elle était juste, elle survit parce que quelqu'un a repris les papiers, les a datés, les a introduits et les a fait imprimer. Sans ce travail-là, il ne serait resté d'Um Nyobè qu'une date de mort, une photographie de cadavre exposé et une tombe recouverte de ciment — c'est-à-dire exactement ce que la répression avait voulu laisser. Achille Mbembe est vivant, et l'on s'en tient ici, le concernant, à ce qui est vérifiable et public : le travail d'édition, sa date, son titre, son effet. Ses positions propres, ses débats et ses controverses n'appartiennent pas à cette histoire et n'y sont pas rapportés.