Personnalités historiques
Ahmadou Ahidjo
1924–1989 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Ancien fonctionnaire des postes devenu, le 1er janvier 1960, le premier président du Cameroun indépendant, Ahmadou Ahidjo, né en 1924, est l'homme par qui cette histoire cesse d'être une affaire coloniale sans cesser d'être une guerre. C'est là tout le problème que son nom pose au récit national : l'indépendance a une date, la guerre n'en a pas, et pendant plus de dix ans c'est un État souverain qui traque les derniers maquis de l'Ouest, avec le concours de la France. Il préside donc à la fois la naissance du pays et la fin de l'insurrection qui l'avait réclamée avant lui. Les dirigeants de l'Union des populations du Cameroun sont morts ou traqués : Um Nyobè abattu en 1958, Moumié empoisonné en 1960, Ouandié arrêté en 1970 après une décennie de clandestinité. Quand le tribunal militaire de Yaoundé condamne Ouandié à mort en décembre 1970, le chef de l'État détient le pouvoir de grâce ; il ne l'exerce pas, et l'exécution a lieu en public à Bafoussam le 15 janvier 1971. Il gouverne encore onze ans. Fin 1982, il quitte le pouvoir et Paul Biya lui succède — une transmission qui passera d'abord pour un modèle de continuité africaine avant que la rupture entre les deux hommes ne s'installe. Il meurt en 1989. Deux ans après sa mort, en 1991, le Parlement camerounais déclare héros nationaux ceux que son administration avait combattus : Um Nyobè, Moumié, Ouandié, et avec eux les résistants de la période allemande. La même assemblée qui avait laissé fusiller devient celle qui célèbre, et l'écart d'une génération entre les deux décisions est à peu près la durée d'une présidence. Ni simple exécutant ni coupable désigné, faute d'un jugement qui aurait établi quoi que ce soit. Il constate trois choses vérifiables : qu'il a présidé l'État pendant toute la guerre de l'Ouest, que la France y a prêté son concours à un gouvernement souverain, et qu'il détenait la signature capable d'arrêter une exécution publique sans l'avoir donnée.