Personnalités historiques
Albert Ndongmo
1926–1992 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Évêque catholique de Nkongsamba, né en 1926, Mgr Albert Ndongmo occupe dans cette histoire une position que le pouvoir camerounais n'avait pas prévue et dont il ne saura pas quoi faire. En décembre 1970, quand s'ouvre à Yaoundé le procès d'Ernest Ouandié devant le tribunal militaire, il y a, à côté du chef de maquis, un accusé que personne n'attendait : un évêque en exercice. L'affaire portera dans les livres d'histoire le nom des deux hommes — l'affaire Ndongmo-Ouandié. Le dossier de l'accusation relie le prélat au mouvement « Sainte-Croix pour la libération du Cameroun » et à un projet de renversement du président Ahmadou Ahidjo. Mgr Ndongmo est condamné à la peine capitale, comme Ouandié, comme Gabriel Tabeu, comme Raphaël Fotsing. Puis les chemins se séparent, et l'écart est instructif. Le 15 janvier 1971, Ouandié, Tabeu et Fotsing sont fusillés en public à Bafoussam. La peine de l'évêque, elle, est commuée : on n'exécute pas un évêque quand le Vatican regarde. Ce n'est pas une clémence, c'est un calcul, et il dit assez précisément ce que valaient les vies dans cette salle d'audience selon qui, au dehors, était susceptible de demander des comptes. Il connaît la prison, puis l'exil, et meurt en 1992, hors du Cameroun. Sa peine commuée lui a laissé vingt et un ans de plus qu'à ses coaccusés — et une place ambiguë dans la mémoire nationale, où il n'est ni tout à fait un martyr, ni tout à fait un survivant. Sa présence au procès a par ailleurs changé la nature de l'affaire. Tant que le pouvoir jugeait des maquisards, il jugeait une insurrection ; en y adjoignant un évêque, il affirmait que la rébellion avait des ramifications dans les institutions les plus établies du pays, et il s'exposait du même coup au regard du Vatican, de la presse étrangère et des chancelleries. Le calcul a fonctionné dans les deux sens : l'accusation a obtenu son complot d'envergure, et elle a perdu la possibilité d'exécuter tout le monde. C'est la seule fois, dans cette histoire camerounaise, où une pression extérieure a suffi à interrompre une exécution — et elle n'a profité qu'à un homme sur quatre.