Personnalités historiques
Ernest Ouandié
1924–1971 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Avant d'être l'homme le plus traqué du Cameroun, Ernest Ouandié faisait la classe. Né en 1924 et formé à l'École normale, instituteur de métier, il figure dès 1948 dans la direction de l'Union des populations du Cameroun, dont il devient vice-président — le troisième nom d'un trio dont les deux autres seront tués avant lui. Um Nyobè tombe dans la forêt de Boumnyebel en 1958 ; Moumié meurt empoisonné à Genève en 1960. Ouandié fait alors le contraire de ce que fait un exilé : il rentre. Clandestinement, dans un pays désormais indépendant dont le gouvernement le considère comme un rebelle, il prend la tête du maquis de l'Ouest, en pays bamiléké, et il y tient une décennie entière — ce qui est la donnée la plus difficile à faire admettre de toute cette histoire, puisqu'elle signifie que la guerre a continué dix ans après la date que les manuels donnent pour sa fin. Il est arrêté le 19 août 1970 à Mbanga. Le procès qui suit, en décembre, ne juge pas seulement un chef de maquis : à côté de lui comparaît un accusé que personne n'attendait, Mgr Albert Ndongmo, évêque de Nkongsamba, et l'affaire prendra dans les livres le nom des deux hommes. Ouandié est condamné à mort. Le chef de l'État, Ahmadou Ahidjo, détient le pouvoir de grâce et ne l'exerce pas. Le 15 janvier 1971, sur une place publique de Bafoussam, devant une foule convoquée par les autorités, il est fusillé avec deux condamnés du même procès, Gabriel Tabeu — le maquisard qu'on appelait Wambo le Courant — et Raphaël Fotsing. L'exécution est publique parce qu'elle est un message, et le message est reçu : elle ferme la période. Vingt ans plus tard, en 1991, le Parlement camerounais fait de lui un héros national, au même titre qu'Um Nyobè et Moumié. Un instituteur devenu le dernier des trois, mort devant une foule qu'on avait fait venir pour regarder.