Personnalités historiques
Gabriel Tabeu
?–1971 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
On l'appelait Wambo le Courant, parce qu'on racontait qu'il passait à travers tout, comme l'électricité. C'est sous ce nom que Gabriel Tabeu circule dans la mémoire de l'Ouest camerounais, aux côtés d'autres chefs de zone du maquis bamiléké comme Singap Martin et Paul Momo, et les parcours de ces hommes tiennent autant du récit populaire que de l'archive vérifiée. Sa date de naissance n'est pas établie. Ce qui l'est, c'est la fin. Les sources lui attribuent la fondation, avec l'évêque de Nkongsamba Mgr Albert Ndongmo, d'un mouvement appelé « Sainte-Croix pour la libération du Cameroun », présenté officiellement comme un mouvement de prière et tenu par le pouvoir pour la couverture d'un projet de renversement. En décembre 1970, il comparaît devant le tribunal militaire de Yaoundé dans le procès qui juge aussi Ernest Ouandié. Il est condamné à mort en janvier 1971, comme Ouandié et comme Raphaël Fotsing — la peine de Mgr Ndongmo étant, elle, commuée. Le 15 janvier 1971, les trois hommes sont fusillés sur une place publique de Bafoussam, devant une foule que les autorités ont fait venir. Le procès mérite d'être regardé pour ce qu'il assemble : au banc des accusés, un chef de maquis historique, un évêque en exercice et un homme dont l'état civil même reste incertain. L'accusation avait besoin d'un complot qui relie l'Église, la guérilla et l'Ouest bamiléké ; le verdict a fourni les trois. Et les peines se sont ensuite séparées selon qui, au dehors, était susceptible de demander des comptes : la peine de l'évêque fut commuée, celle des deux autres exécutée en place publique. Il y a quelque chose d'exact dans le surnom : l'homme dont on disait qu'il traversait tout est passé à travers l'histoire officielle aussi. Ouandié a eu son procès, ses livres et son statut de héros national en 1991 ; Wambo le Courant reste un nom de légende locale, un sobriquet qui a survécu à la biographie, et une place de marché où l'on a tiré.