Personnalités historiques
Marthe Ekemeyong Moumié
1931–2009 · Cameroun
Pays de son parcours
Cameroun
Née le 4 septembre 1931 à Ebom Essawo, Marthe Ekemeyong rencontre Félix Moumié en 1947 à Lolodorf et l'épouse en 1950. Ce serait une biographie d'épouse si elle s'était arrêtée là, et elle ne s'y arrête pas : entrée à l'Union des populations du Cameroun à dix-neuf ans, formée à l'École des cadres du parti, elle fonde et dirige l'UDEFEC, l'organisation des femmes du mouvement, créée en 1952. Ce que l'UDEFEC a fait mérite d'être dit précisément, parce que c'est rare et que c'est vérifiable : ses militantes ont adressé aux Nations unies des centaines de pétitions. Des femmes de villages, dont beaucoup ne lisaient pas, ont fait porter leur nom sur des textes envoyés à New York pour réclamer l'indépendance d'un territoire sous tutelle. Le Cameroun a ainsi produit, dans les années 1950, l'un des plus gros volumes de courrier de colonisés à une instance internationale — et une part considérable est venue d'elles. Elle suit son mari dans l'exil panafricain, du Caire à Accra, jusqu'au dîner de Genève d'octobre 1960. Après le thallium, l'agonie et le non-lieu, elle ne quitte plus le dossier. Elle mène seule la campagne pour que l'affaire soit dite, frappe aux portes des chancelleries, et subit cinq ans de prison. Elle affirmera avoir survécu elle-même à plusieurs tentatives d'élimination. Six ans après Genève, elle se remarie. En 2006, à soixante-quinze ans, elle publie son témoignage sous un titre qui ne ménage personne : Victime du colonialisme français, mon époux Félix Moumié. C'est le livre d'une femme qui a attendu quarante-six ans pour écrire, et qui écrit encore quand la justice suisse a clos. Dans la nuit du 7 au 8 janvier 2009, elle est tuée chez elle, à Ebom Essawo, dans le village où elle était née. Rien ici ne relie cette mort à la précédente : le fait établi est que la seule personne qui n'ait jamais cessé de réclamer une enquête sur l'assassinat de son mari est morte violemment quarante-neuf ans plus tard, et que là non plus rien n'a été jugé.