Sankara, l'homme intègre · Chapitre 5
Sankara, l'homme intègre
Les femmes debout
Le marché de Ouagadougou bruisse comme un moteur qu'on ne peut pas éteindre. Entre les étals de tomates et les pagnes tissés, une rumeur circule plus vite que les mobylettes : le capitaine va parler ce soir, à la radio, et il paraît que cette fois, il s'adresse aux femmes.
Mariam a vingt-deux ans. Elle vend du dolo depuis l'âge de douze ans, et jamais personne — ni chef, ni mari, ni ministre — ne lui a demandé son avis sur quoi que ce soit. Ce soir-là, pourtant, la voix qui sort du poste semble lui parler à elle, directement.
Le discours du 8 mars
Dans la salle de la Maison du peuple, l'homme au béret rouge pose ses notes. Il regarde la salle — des milliers de femmes venues de tout le pays — et commence par une phrase que personne n'attendait.
La révolution ne peut pas triompher sans l'émancipation des femmes.
La salle retient son souffle. Ce n'est pas une formule de meeting. Dans les semaines qui suivent, des décisions concrètes tombent : interdiction de l'excision, campagnes contre les mariages forcés, premières femmes ministres. Pour Mariam, quelque chose bascule ce soir-là.
Récit reconstitué à partir de sources documentées. Certains noms ont été modifiés. Les dialogues sont reconstitués.